A propos

 
A partir d’actions élémentaires (visser, peindre, recopier, tailler, récolter…) cadencées par la musique du poste de radio ou par le tic-tac de l’horloge, CharlieChine pousse la répétition du geste jusqu’à la performance. Absurde, anti-productif, voir complètement inutile, le travail devient ici le spectacle de notre capacité à vouloir nous produire nous-même.     
Produits de correction, ou pour rendre le monde meilleur, produits pour prolonger l’écoute, celle de l’autre, celle de soi, ses objets ne font peut-être pas partie du monde moderne, mais appartiennent à un ailleurs nostalgique où se mélange pop culture et humour noir.     
Dépositaire d’une mémoire individuelle et collective, l’individu est pour elle, la variable, l’unique, le comparable. Elle décortique l’habitus de l’homme moderne au travers de ces mêmes conditions d’existence, telles que sa culture, son travail, son éducation ou sa manière de consommer.     
Basées sur l’anonymat des participants, elle conduit des études publiques afin d’explorer la mémoire à long terme, entre les traces résiduelles de la consommation active et passive de la culture de masse et ce qu’il reste de Soi (cartographie de récits autobiographiques, archivages de souvenirs d’expériences collectives, étude de la ritournelle chez la génération « y »).           
Que ce soit au travers d’objets néo-paléophoniques, d’études sur le souvenir, en passant par l’analyse des automatismes post-tayloriques, CharlieChine nous propose une vision archéologique de l’homme moderne. Elle brouille les pistes distinguant le créateur du fabriquant et se joue des frontières délimitant le statut de l’artiste à celui d’artisan. Elle positionne son corps – je suis l’artisan au service de moi-même – au cœur d’une pratique où l’identité même de l’artiste se fond au travers de réseaux multiples.

Musique qui fuit la cadence, autant celle du temps à 1 temps de la machine, que celle du temps de la « scène ». Musique qui se réfugie au cœur d’un « noise » occultant, dont l’absence ou la répétition de rythmes vous happe dans un environnement où le présent est une sensation vertigineuse, un accident. CharlieChine pratique le « free » pour sa désinvolture.

Au travers de la performance, que j’exécute moi-même ou encore que je confie à l’autre, je cherche l’identité du geste. Son côté humainement unique, comme son empreinte. Je pousse la répétition jusqu’à la performance physique, la transe. Le travail comme une forme de rituel. L’œuvre dont la forme varie en fonction de qui la réalise, se laisse surprendre par le geste de l’autre, l’artiste devient ici le commanditaire, le chef de chantier. Le temps devient la surface à l’intérieur duquel le protocole est activé (visser, peindre, tailler, casser…). J’aime à considérer le White cube comme un lieu commun du travail. Celui de l’artiste, celui du galeriste, celui du gardien, de la femme de ménage, du peintre ou du régisseur, celui de l’hôtesse ou du chargé de communication, du commissaire ou de l’électricien. C’est en analysant leurs gestes et fonctions que je développe une pratique qui se tourne vers l’invisible et ténu : faire œuvre, montrer de part la répétition, le geste. J’observe et grossis les traits de pratiques banales, je les répète en boucle, en rythme.

 

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